Andrea Cohen Piano Hörspiel está por llover (sur le point de pleuvoir) [2022] 16’22
Dans cette pièce, je pars d’une interrogation : comment raconter avec des sons, à la manière d’un Hörspiel. Comment raconter avec des sons naturels, des sons de lieux (proches, lointains), des sons quotidiens, des sons et des voix familières. Et comment faire intervenir le piano en contrepoint, non seulement l’instrument et la musique qu’il peut produire mais aussi en tant objet sonore source de sons insolites et d’un point de vue narratif, le piano comme présence, comme identification ? Et enfin, comment le son de l’instrument peut se fondre dans le paysage ? La voix parlée, à peine audible au milieu des activités domestiques quotidiennes, est une vague présence dans le paysage sonore qu’elle accompagne, paysages sonores d’ici et d’ailleurs.
C’est avec tous ces éléments que j’essaie de traduire un monde sonore intime, qui est celui de ma mémoire et de mes rêves. Les sons qui composent la pièce sont, pour la plupart, des paysages sonores des intérieurs et des extérieurs ; les premiers décrivent une réalité quotidienne revisitée (les sons enregistrés il y a longtemps dans la maison familiale), les sons des extérieurs proviennent de ma sonothèque personnelle où j’ai rassemblé une multitude d’ambiances de divers pays. Quant aux sons du piano, il y a d’une part des improvisations avec divers modes de jeu que j’ai enregistrés en studio, et d’autre part des sons des pianos « en situation », joués par les passants dans les gares parisiennes sur les instruments mis à disposition.
Dans la pièce, le caractère « anecdotique » des sons est maintenu, la source est reconnaissable et les transformations légères. Cet itinéraire, à travers des sons du réel et des sons du rêve, est une invitation à se laisser porter par l’écoute.
Pianiste de formation, Andrea Cohen étudie à l’École Normale de Musique de Paris. Elle s’intéresse parallèlement au théâtre et conçoit des spectacles musicaux qui mettent en scène le piano. Lors de sa participation à la production d’un ‘Atelier de création radiophonique’ sur France Culture, elle découvre une nouvelle forme d’expression et se tourne vers l’art radiophonique produisant de nombreux ateliers et documentaires de création.
Elle poursuit des études de composition auprès de Michel Philippot et de musique électroacoustique aux Conservatoires de Pantin et de Vitry-sur-Seine.
En 2005, elle soutient une thèse de doctorat à l’Université Paris IV-Sorbonne, publiée sous le titre Les compositeurs et l’art radiophonique (coédition INA/L’Harmattan, 2015).
Andrea Cohen développe une démarche artistique sonore pluridisciplinaire, dans laquelle le piano reste un fil conducteur au sein d’une relation étroite entre musique, théâtre et radio. Elle cherche une ouverture, un dialogue entre l’art et la vie. Elle collectionne les sons et compose des paysages sonores où s’expriment des mondes intérieurs et extérieurs, reflets intimes de sa mémoire, de ses rêves, mais aussi d’une réalité quotidienne revisitée. La présence du piano dans ses compositions se révèle comme un objet et une source sonore dont elle élargit l’espace, explorant l’improvisation et des modes de jeux.
Professeure de piano au Conservatoire de Vitry-sur-Seine, elle y a fondé un atelier de musique mixte. Elle est également l’autrice du Manuel de pédagogie musicale : art sonore, musique mixte, théâtre musical (Minerve, 2020).
Son catalogue réunit des œuvres électroacoustiques, des Hörspiele et des œuvres mixtes destinées aux jeunes musicien·ne·s. Citons L’idée du voyage (2010), Paris Buenos Aires et moi au passage (2011), Le son de Luc (2014), Mille Hertz (2020), Piano Hörspiel (2023), Ecos del eternauta (2025). Parmi les pièces mixtes se distinguent notamment : Fantaisie domestique pour piano et échantillonneur, commande d’État (2012), Elementique pour piano et support (2013), Souffler et faire des bouteilles pour flûtes, bouteilles et support (2014), Erre con erre guitarra pour ensemble de guitares et support fixe (2016), Piano en jouets pour piano, jouets et support (2017), Piano en éventail, pour piano et support, commande de Radio France (2023).
Lucie Prod’homme Espèces de gros sons [2017] 10’40 et Sur un fil [2024] 11’11 – Label Motus sortie CD Cantique des quantiques
Espèces de gros sons
Pas trop beat
Je suis un gros son, mais suis-je vraiment drone ?
Clin d’oreille aux musiques pulsées avec cette tentative de basculer du beat au rythme, de passer de l’obsession mécanique à une ouverture sur l’infinie micro-variation, par d’infimes décalages temporels, de minuscules changements de timbres, de hauteurs, de textures, afin d’obtenir un même chaque fois différent.
Sur un fil
Sur un fil qui s’étire brins de sons Avance Fil à fil lentement Fragile funambule sonore
Compositrice, aventurière de l’écoute, Lucie Prod’homme explore le son de l’intérieur, joue de son énergie, sonde les minuscules palpitations de la matière sonnante et nous incite à écouter.
Qu’elle étudie l’immobilité ou l’agitation extrême, le silence ou le bruissement, le paisible ou l’effervescence tumultueuse, sa préoccupation reste la même ; induire une attitude perceptive intense en composant aussi l’écoute de l’auditeur, l’exhortant à tendre une oreille attentive et engagée.
Son catalogue, constitué d’œuvres acousmatiques, mixtes et instrumentales, comporte à la fois des compositions à destination du concert, des pièces radiophoniques, des musiques d’applications (danse, installation, vidéo), des partitions à destination des jeunes interprètes…
https://lucieprodhomme.fr/
Armando Balice I shut my eyes and they’d gone [2026] 20’30
« […] Il y avait en bas des points noirs ; j’ai fermé les yeux : ils ont disparu.
Je te salue, vieil océan ! »
— Lautréamont, Les Chants de Maldoror, Chant premier, 1869
I shut my eyes and they’d gone s’inspire du passage du Vieil Océan des Chants de Maldoror. Dans ce texte, l’océan apparaît comme une force souveraine et indifférente, antérieure à l’homme, à laquelle Maldoror s’adresse dans un long mouvement lyrique, reconnaissant en elle une puissance instable, immense et constante dans le chaos.
Le lyrisme de la pièce repose sur la persistance cyclique de la matière : une présence insistante, portée par la répétition elle-même jusqu’à un état stable où la permanence sonore impose sa propre évidence.
Face à cette présence, la faiblesse de l’homme réside dans son incapacité à assumer sa propre nature, à reconnaître ses contradictions. Contraste assourdissant entre la supériorité de l’Océan et la bouffonnerie de l’homme, minuscule point noir qui peut disparaître en un clin d’œil.
Armando Balice est un compositeur et artiste sonore franco-italien. Sa pratique réunit musique électroacoustique, électronique, improvisation et dispositifs de spatialisation du son. Il explore la poétique du noir à travers les relations entre le son, la matière, l’espace et la perception.
En 2025, il publie ‘Du noir tout autour’ sur le label canadien Empreintes DIGITALes. Lauréat du prix Superphonique des Lycées 2026 et du prix Francis et Mica Salabert de la SACEM en 2023, il reçoit des commandes de Radio France, de l’Ina-GRM, de la Maison de la Musique Contemporaine, de La Muse en Circuit, du Studio Éole, de l’Ensemble Cairn, d’Ici l’Onde, du Logellou, de la compagnie Motus et de nombreux festivals.
Sa musique est présentée dans des salles, festivals et institutions en France, notamment au Petit Palais, à La Scala Paris, à la Maison de la Radio et de la Musique et au musée Les Abattoirs – Frac Occitanie Toulouse, ainsi qu’à l’international, notamment à Shanghai, Pékin, Tokyo, Vienne, Francfort et Saint-Pétersbourg.
Formé auprès de Jean-Marc Weber, Denis Dufour et Jonathan Prager, il est titulaire d’un master en musique électroacoustique et arts sonores réalisé en partenariat avec l’Ina-GRM. Il enseigne aujourd’hui la composition électroacoustique au Conservatoire à Rayonnement Régional du Grand Chalon.
Créateur de l’acousmonium Alcôme, il développe des projets de création, de diffusion et de transmission autour de la musique électroacoustique, notamment à travers le festival ‘Ondes Croisées’ et les activités de la compagnie Alcôme.