22:30 Concert 6 – 30 ans Motus – Acousmalides : musiques de divers compositeurs sur des textes de Thomas Brando
Inteprète : Tomonari Higaki
Christian Zanési Introduction (dans le noir) [2004] 03’28
Je suis parti de la scène donnée par le début du texte. Une scène de chute…
[Voix : Stéfanie Schüller]
Bérangère Maximin 1. Matteo au bord de l’eau [2001] 04’49 et 2. Tous les bonheurs de la savane [2001] 03’29
La contrainte que je me suis imposée étant que les textes restent intelligibles, le texte est déroulé dans l’ordre et sans déformation ou manipulations excessives. Je ne voulais pas faire appel à une voix “professionnelle” : Anton et moi avons donc lu et relu le texte, en avons joué librement plusieurs jours, avant de passer à l’enregistrement. Et il s’en est trouvé que, nous laissant progressivement pénétrer de ses secrets, des images peu à peu révélées se sont incorporées à l’intimité de notre relation. Peut-être aurions-nous dû par pudeur les noyer dans la rumeur du monde, j’ai choisi de simplement les voiler… pour qu’ils se dévoilent, peut-être un jour.
[Voix 1 : Anton Yakutovych, Voix 2 : Bérangère Maximin].
Daniel Teruggi Juste une bête [2004] 05’00
Être juste une bête, voilà ce qui suffit souvent pour avancer dans la vie. C’est déjà une entrée, ensuite c’est le voyage, ouvert à tous les possibles de l’humain.
[Voix : Manon Riad]
David Behar Oxydange [2004] 05’20
Une petite incursion dans le cœur de Thomas Brando.
D’après le texte 5, extrait du recueil ‘’La proie des flammes’’ de Thomas Brando.
[Voix: Cédric Ulian et David Behar]
Denis Dufour Panique au bord de l’eau [2001] 06’07
Composition créée à partir des éléments de mon œuvre Piano dans le ciel…
[Voix : Florence Gonot].
Dieter Kaufmann Obsession [2004] 05’50
J’ai tenté de donner un caractère rituel au chant d’amour entre deux hommes, utilisant la couleur d’une voix féminine déclinée en choral. Réalisation à l’Institut de composition et d’électroacoustique ELAK de l’Université de musique et d’art dramatique de Vienne.
[Voix : Gunda Koenig]
Jacques Lejeune X… [2004] 04’57
On entendra, au cours de cette courte pièce, une voix dénaturée dans son discours, son registre et son temps, comme vidée de son sens initial et reconstruite à partir de ses propres matériaux, fidèle cependant à sa logique intrinsèque. A la fin de l’œuvre, le bouillonnement s’atténue : quelques phonèmes affleurent, sans jamais toutefois devenir réellement intelligibles. Secrète, multipliée et pourtant homogène, la voix se dilate à la dimension d’un chœur de tragédie grecque. Fidèle en cela au sens du texte initial, je me suis plongé dans une histoire ancienne, celle de l’amour humain dans toute sa diversité, telle qu’on peut la contempler dans le Cantique des Cantiques dont j’ai tiré une œuvre [redonnée à Paris le 13 mai dernier au temple de Pentemont]. X… est la première d’une série d’autres pièces à venir que j’intitulerai : “Textes, textures et contextures”.
[Voix : Manon Riad]
André Dion Le Treizième [2004] 05’54
La musique est, ici, issue du son des mots : c’est un même corps, réel, sonore, qui s’associe au signifiant du mot pour générer du sens…
[Voix : Jean-Paul Cathala]
Hans Tutschku Chemin [2004] 03’50
Il n’y a dans cette œuvre que cinq lignes de texte vraiment identifiables, le reste de la lecture est intégré au matériau en montage de syllabes.
J’ai utilisé la voix parlée pour créer des nappes sonores, un langage réinventé dans un montage minutieux de phonèmes, où seuls deux mots sont distincts au début : “ombre” et “oiseau”… Tout le reste est évocation, affleurement, traces de sens, scandées d’une cloche [celle d’un cloître ?] et saupoudré de chœurs, de petits cris [chiens, oiseaux ou enfants… on ne sait], de chuchotements et de brouhahas. Puis une soudaine déchirure, et cinq strophes apparaissent, énigmatiques, pour autant que le sens premier du texte reste dans l’ombre, occulté par le chant du signe et se frayant un chemin, en cherchant le sens idéal.
[Voix : Samuel Debure]
Alain Gonnard Après avoir longtemps [2004] 04’51
La durée de l’œuvre est calibrée sur celle de la lecture du texte et structurée en trois micro-parties et un final, bornée par une hypothétique boucle. Que l’on n’y voit point malice !
De rencontres en entretiens avec l’auteur et les comédiens est née l’idée d’une progression prenant appui au plus près sur la lecture. Les lignes vocales s’enchevêtrent, se marient, se contredisent, tendues dans une hétérogénéité spatiale. Une discrète pédale [ondes Martenot ?] vient chatouiller l’oreille et s’épanouit enfin. Enregistré à l’Ecole Nationale de Musique et de Danse du Val-Maubuée en avril dernier.
[Voix : Ludovic Maux et Alexandre Pallu, de la classe d’art dramatique]
Tomonari Higaki Sur un barrage de charme amarré [2004] 03’28
“J’ai parlé de mon amour pour toi, mais tu n’as rien pu comprendre. Parce que nous avons parlé sous l’eau…”
[Voix : Tomonari Higaki]
Vincent Laubeuf Aux cercles réunis [2004] 05’13
Deux indications à l’origine : la première, une transposition musicale à travers des sensations, des idées parallèles extrapolées du texte. La seconde, des sonorités de la voix parlée, à travers les intonations, les rythmes, les hauteurs, dont j’ai tiré mon matériau.
[Voix : Estelle Cukier]
Jonathan Prager L’Ange dans la nuit [version courte] 7’43
Étirement des phonèmes, gel et mise en boucle… Jeu sur les prolongements et les propagations du désir, approche du plaisir sonore :
“J’ai joui céans”… Pour mieux cerner l’ange dans la nuit, qui sans la nuit, s’ennuie… Longtemps étendu de travers, à travers sons, à travers chants.
[Voix : Samuel Debure, Manon Riad]
Denis Dufour L’Ivre d’avril [2002] 04’16
Composée durant la réalisation de La Terre est ronde, cet opus de ma série Acousmalides en a recueilli la sève primitive, fait éclore des ritournelles champêtres et frémissantes, même si toutes les ritournelles ne font pas le printemps…
[Voix : Sebastian Evans]
Né en 1961 à Paris, Thomas Brando est graphiste indépendant (réalisant de 1993 à 2007 toute la communication graphique de Futura et Motus – affiches, flyers, catalogues, dossiers, collection de CDs…) , directeur artistique, rédacteur occasionnel. Il a écrit quelques recueils de textes en drapeaux [La Proie des flammes, À tue et à toi, Les Sens interdits…] tous inédits, dont certains ont servi de base à la création des œuvres vocales ou acousmatiques de Jean-Marc Duchenne [1985], Vincent Laubeuf [2000, 2004], Alexandre Vert [2000], Bérangère Maximin [2001], André Dion, Tomonari Higaki, Dieter Kaufmann, Jacques Lejeune, Jonathan Prager, Daniel Teruggi, Hans Tutschku, Christian Zanési [2004]. Mais il a surtout écrit pour Denis Dufour des textes, livrets et arguments de toutes sortes. Il a participé à la conception-rédaction de plusieurs émissions sur France-Culture et France Musique (série acousmathèque de l’Ina-GRM…) et est à l’origine de l’œuvre de Denis Dufour Notre besoin de consolation est impossible à rassasier (d’après le livre de Stig Dagerman, et à laquelle il a prêté sa voix). Il a souvent, depuis une vingtaine d’années, collaboré avec lui pour la conception et la création d’un grand nombre de ses musiques instrumentales, mixtes et acousmatiques, ne comportant pas nécessairement de texte : Torrents du miroir, Noël toxique, Douze mélodies acousmatiques, Chanson pensive, Hérisson cathédrale, Flèches, Collection de timbres, La Tour des murmures Voix Off’, Augen Licht, Blue Rocket on a Rocky Shore, Symphonie des simples, Sommer Abschied, Treffpunkt, Liebestod, etc. Il est l’auteur de trois livrets d’opéra pour ce même compositeur.