Ophélie d’Organce Salle-de-conseil-57,18m2-niveau2-Bâtiment148-31:12:2025-10h48 [2025 – création] 22’23
Cette oeuvre se situe dans le champ de l’écologie musicale, conçue non comme une abstraction détachée de tout contexte mais comme une forme sonore émergeant directement des propriétés acoustiques d’un endroit spécifique et formée par elles. La pièce est construite en relation étroite avec les caractéristiques spatiales et résonnantes du site choisi, où le processus d’enregistrement devient inséparable de l’acte compositionnel lui-même. Plutôt que de traiter la capture du son comme une étape préliminaire, le tournage sonore assume un rôle central, génératif : c’est par l’écoute attentive, le positionnement et le mouvement au sein de l’environnement que le matériau de l’oeuvre a été découvert, sélectionné et articulé.
L’espace acoustique n’est pas un simple contenant mais un agent. Les réflections, absorptions, distances et présences ambiantes contribuent toutes à des interactions dynamiques qui déterminent les qualités spectrales et temporelles de la pièce. En ce sens, l’environnement peut-être considéré comme co-auteur de la pièce, dans une forme d’écoute écologique dans laquelle la compositrice s’engage dans une relation réciproque avec le lieu.
Un axe conceptuel clé de l’oeuvre est la notion de spaciosité, inspirée en partie par les principes associés à la pratique du Qi Gong. Ici, la spaciosité n’est pas limitée à une propriété de diffusion du son et s’étend vers un état phénoménologique et expérientiel plus large. Elle fait référence à la fois à la propagation physique du son dans l’espace, aux dispositions internes de l’auditeur et l’intention compositionnelle de cultiver l’ouverture, la suspension et l’attention.
Pendant le processus compositionnel, la spaciosité est abordée comme un état à atteindre : un état de conscience supérieur où les distinctions entre premier plan et arrière-plan, sujet et environnement commencent à se dissoudre. Cet état guide les décisions liées aux durées, silences, densités et projection spatiale. Les sons peuvent respirer, se déployer sans contrainte, créant des intervalles de résonance où l’auditeur peut habiter la profondeur temporelle du champ sonore.
À l’écoute, la spaciosité devient une invitation. Le public est encouragé à ne pas suivre une écoute linéaire mais à entrer dans un mode de perception qui est diffus, incarné et immersif. Le dispositif acousmatique amplifie cette expérience en délocalisant les sources sonores et en soulignant les trajectoires spatiales, favorisant par là même une expansion interne parallèle à l’environnement acoustique externe dont proviennent les sons.
En définitive, cette oeuvre propose une écologie du son mais également de l’attention : une reconfiguration de la relation entre compositrice, environnement et auditeurs. En mettant au premier plan le rôle de l’espace acoustique et en embrassant la spaciosité comme méthode et comme but, la pièce cherche à ouvrir un champ perceptuel dans lequel écouter devient un acte de présence et le son un moyen de connexion entre paysages intérieurs et extérieurs.
Ophélie d’Organce est une compositrice française de musique électroacoustique et acousmatique ainsi que de formes mixtes combinant instruments, voix et électronique. Depuis 2010 est engagée dans la composition expérimentale et acousmatique, développant un corpus d’oeuvres centrées sur l’écriture des espaces sonores et des environnements perceptuels.
Sa pratique artistique explore l’écoute spatiale et la projection du son au sein de systèmes multicanaux, particulièrement l’acousmonium. Elle conçoit la composition comme la construction d’architectures sonores immersives et sensorielles, où la spatialisation devient un paramètre compositionnel majeur.
Elle est membre active du collectif Acousmaki, un groupe de huit compositeurs et acousmonistes consacrés à l’exploration des problématiques contemporaines de la composition électroacoustique et des pratiques de diffusion.
En parallèle, elle est profondément impliquée dans l’organisation d’évènements de musique expérimentale à Marseille, notamment en tant que membre du comité d’organisation du festival Supersonique où elle contribue à la promotion et la dissémination des pratiques sonores innovantes.
Laurence White Sur le fil, en équilibre [2026 – création dans le cadre de l’aide au développement de carrière Sacem] 15’00
Sur le fil, en équilibre explore cet espace ténu où les forces contraires ne s’annulent pas mais se nourrissent mutuellement. La vie y côtoie la mort, la joie se colore de tristesse, l’empathie se laisse parfois traverser par la colère. Ces états ne sont ni successifs ni opposés : ils coexistent, oscillent, se répondent dans un mouvement permanent. Ces oppositions ne sont jamais figées. Elles s’entrelacent, se contaminent et se transforment au fil de l’écoute. Un même geste sonore peut devenir menace ou réconfort, une tension se résoudre en apaisement avant de renaître sous une autre forme. L’équilibre n’est jamais acquis ; il se construit dans un mouvement permanent, précaire et vivant.
Le jeu occupe une place essentielle dans cette traversée. Jeu avec les matières sonores, avec les perceptions mais aussi jeu au sens où l’on parle du « jeu » d’un mécanisme : cet infime espace de liberté qui permet le mouvement, l’inattendu, l’accident. C’est dans cet interstice que la pièce trouve son souffle.
Par une écriture électroacoustique où les sons semblent tantôt suspendus, tantôt précipités, Sur le fil invite l’auditeur à habiter cette instabilité plutôt qu’à la résoudre. Elle propose une écoute où la vulnérabilité devient une force créatrice, où les contrastes révèlent moins des oppositions que les multiples nuances d’une même expérience humaine.
Vivre, peut-être, consiste simplement à avancer… sur le fil.
Laurence White est compositrice de musique électroacoustique, improvisatrice et artiste sonore. Son travail explore les liens entre le son, l’espace, le corps et l’écoute à travers des oeuvres acousmatiques, des performances, des installations et des créations interdisciplinaires. À la croisée de l’écriture musicale, de l’expérimentation et de la recherche artistique, elle développe une approche sensible où le paysage sonore, la voix, le geste et les phénomènes d’émergence nourrissent un imaginaire poétique et immersif.
Elle compose pour le concert, la scène et des dispositifs in situ, tout en collaborant avec des artistes issus de la danse, du théâtre, des arts sonores et des musiques improvisées. Ses oeuvres sont diffusées en France et à l’international dans des festivals et lieux consacrés à la création contemporaine.
En mai 2026 paraît «Black Box Access», son premier vinyle monographique, publié par le label Motus avec le soutien de la SACEM dans le cadre de l’aide au développement de carrière.
Parallèlement à son activité de création, Laurence White mène un important travail de transmission à travers des ateliers, des masterclasses et des enseignements. Engagée dans la défense des musiques de création, elle considère la composition comme un espace d’exploration où l’écoute devient une expérience sensible, partagée et en perpétuelle transformation.
Rodolphe Collange SEC ! [2025] 10’15
(Installation plastique et sonore multicanale en 12.1 2025 – réduction et remix stéréo)
Dans le cadre de la deuxième saison du programme de résidences IEAC
Intermédiation Écologique Artistique et Culturelle – intitulée Pays Vagues – portée par le Groupe A Coopérative Culturelle.
Terre des 2 Caps – Côte d’Opale – Pas de Calais.
Thématique : Dilatation / Rétractation des terres argileuses.
Lors de la première saison, guidé par la thématique “Dunes / Mouvements ”, après 4 semaines de prises de son de terrain et de composition sur le massif dunaire de la Slack, Rodolphe Collange a produit une pièce électroacoustique traversant le paysage des dunes entre Ambleteuse et Wimereux. Il nous invitait à sentir ses matières, ses espaces, ses ressources, ses fragilités et les drames qui s’y jouent. Depuis le bord de mer jusque dans l’intérieur des terres. Du matin vers la nuit.
Pour la deuxième saison du programme, il a remonté les fleuves côtiers jusqu’à leur source pour aborder un autre aspect du territoire de plus en plus problématique : l’ambitus des variations climatiques entre sécheresses et pluies diluviennes est amplifié par un paysage agricole productiviste et une artificialisation des sols irraisonnée. Les sols sont tout aussi vite saturés de l’eau qu’ils ne peuvent plus drainer que morcelés par les épisodes de sécheresse qui s’intensifient. Les maisons, les villages et les villes gonflent et craquent. Les habitants sont à bout.
Rodolphe Collange a travaillé en partenariat avec Le Parc Naturel Régional de la Côte d’Opale et l’École des Beaux Art de Boulogne-sur-Mer.
Exposition du 26 septembre au 25 octobre 2025 à l’École d’Art de Boulogne-sur-Mer.
Compositeur, artiste sonore, ingénieur du son Rodolphe Collange est un artiste contextuel : il réalise une grande partie de ses oeuvres en résidence en France et à l’étranger en puisant directement la matière de ses créations dans les lieux et les thématiques auxquels il est confronté. Il considère l’interconnexion et la mixité des productions sonores contemporaines comme caractéristiques de notre culture post-industrielle et multi-connectée. Il fait surgir de nos mémoires intimes le mouvement de la pensée qui voyage dans nos souvenirs, se projette dans l’avenir, affronte la mort et l’oubli.
Aux débuts des années 2000, Rodolphe Collange rejoint le GMEA, Centre National de Création Musicale, puis les Studios Éole (Blagnac) où il s’initie à la musique électroacoustique, à la composition et à l’improvisation. Il se forme ensuite à la composition pour le cinéma et à l’écriture orchestrale, aux techniques avancées du son, à l’interprétation acousmatique. Il fonde aussi son propre studio de création et d’enregistrement en Ariège.
Depuis ses premiers travaux d’écriture et d’improvisation, sensibilisé par sa fréquentation assidue du GMEA, tant en stage qu’en résidence de création, l’espace du sonore et du musical est au coeur de sa démarche artistique.
Ainsi, de la stéréo aux oeuvres multi-phoniques, de la spatialisation à l’interprétation acousmatique, il n’a de cesse de développer différents aspects de l’espace sonore qui se déploient dans ses installations d’art contemporain, ses dispositifs de concerts spatialisés pour les oeuvres écrites comme pour l’improvisation libre ainsi que dans son interprétation du répertoire acousmatique sur acousmonium.
Sa musique se distingue par une grande souplesse stylistique, un sens de la dramaturgie et du jeu narratif.
Il collabore avec de nombreux artistes visuels, metteurs en scène, réalisateurs, chorégraphes, chercheurs. Son large champ créatif le mène autant vers l’improvisation libre, la création de pièces électroacoustiques que vers la réalisation d’installations et de documentaires sonores.
Ses oeuvres sont régulièrement jouées lors de concerts et festivals internationaux : la Nuit Blanche, COP 21 Grand Palais, Luigi Russolo Award, Un Pavé dans le Jazz, Festival Futura, Festival International Toulouse Les Orgues, Cycle Expérience du Son, Festival Plage Sonore, En Chair Et En Son, Artes Vertentes (Brésil), Muslab (Equateur), C3 Milano (Italie), Alliance Française de Kuala Lumpur (Malaisie)…
Lucien Basdevant Personne fortement alcoolisée sur la route de sorède [2026] 11’30
Juillet 2020. Après trois jours de dégustation de vins nature et de concerts, une personne fortement alcoolisée erre sur la traverse reliant Saint-André au village de Sorède. Cet.te individu.e, furieu.se pour des raisons que seuls l’ivresse et le manque de sommeil connaissent, cherche pourtant à se rendre à pied à Perpignan. Un objectif compliqué à atteindre, la ville se trouvant précisément dans la direction inverse.
Moi je m’appelle Lucien, j’aime bien la musique électronique, les synthétiseurs et les ordinateurs.
J’aime bien aussi enseigner la musique, du coup j’ai fait une formation à l’enseignement en même temps que j’ai fait un master de composition. J’aime bien aussi la musique qui fait boom boom.
Voilà, j’espère qu’on va passer un bon moment ensemble.