16:30 Concert 3 – The Denshi Onkyo People Project
Direction du son : Vincent Laubeuf
Les quatre pièces de ce programme sont toutes issues d’un même procédé. Des personnes d’horizons divers se sont réunies dans le cadre d’un atelier de montage sonore, au cours duquel chacune a enregistré et assemblé ses propres sons. Ces sons constituent la matière à partir de laquelle une pièce électroacoustique unique est construite. Les participants ne sont ni des performeurs ni des cobayes : ce sont eux qui apportent la substance même de l’œuvre. Le projet consiste en deux étapes.
La première est une collaboration a posteriori : la tâche consistant à intégrer les sons des participants dans une œuvre est confiée à une compositrice ou un compositeur invité. Lors des éditions de 2015 et 2016, plusieurs compositrices et compositeurs ont occupé ce rôle. Chacun se confronte, dans son propre langage musical, à des sons qu’il n’a pas produits lui-même.
La seconde est Imaginary Sphere, qui rassemble tous les sons des participants comme un tout et qui, en tant qu’installation donnant tout le projet à entendre, continue à évoluer de version en version. Démarrant au Japon, le projet à continué en collaboration avec ZKM | Karlsruhe, le Goethe-Institut Tokyo, le Festival Futura (MOTUS), Scenkonstmuseet, KTH and KMA (Stockholm), entre autres, allant et venant entre ateliers, représentation et exposition.
Takuro Shibayama Imaginary Sphere (2017–2018) / Denshi Onkyo People (2015–2016)
Conçue au cours d’une résidence d’un an au ZKM | Center for Art and Media Karlsruhe débutant en 2017. La pièce a été finalisée et donnée en 2018 dans cette même institution. Le but de l’œuvre est d’approfondir l’abstraction de la musique sur deux aspects : l’audible et l’inaudible. La première relève de la structure musicale, la seconde de la culture musicale. Derrière ces concepts se cache l’intersection de deux idées de l’émotion musicale. D’un côté la question : quel genre de musique les gens trouvent agréable à écouter ? De l’autre, d’un point de vue sociologique et anthropologique, quel genre de personne trouve de la valeur dans la musique ? La frontière entre musique et non-musique apparaît dans ces deux questions complémentaires. Entre 2015 et 2016, des ateliers de montage sonore ont été organisés pour des personnes issues de différents milieux sociaux. Au Japon, les personnes impliquées dans la musique électroacoustique sont encore majoritairement des universitaires, et en général dans des champs liés à l’informatique. Pourtant, l’électroacoustique peut parler à une grande variété de gens. Les sons des 85 participants de l’atelier sont le matériau de cette pièce. Pour cette raison, dans cette pièce, le compositeur se considère davantage comme un modérateur que comme un auteur. L’émergence de la diversification de la paternité de l’œuvre forme l’abstraction de l’inaudible. L’autre abstraction est le contrôle de la complexité via un modèle d’entropie de l’information. Les sons des participants sont fixés sur huit canaux. Le modèle est utilisé pour calculer leurs modulations de vitesse et leur projection spatiale, transformant et reconstruisant l’audio au fil du temps. Ainsi, l’audible devient abstrait.
Concept et design logiciel : Takura Shibayama
Implémentation du modèle d’entropie de l’information : Hidefumi Ohmura, Takayuki Hamano
Takuro Shibayama est diplômé du Tokyo College of Music et docteur des Beaux Arts de l’Université d’Arts de Tokyo. Il a rejoint l’université Tokyo Denki en 2000 et est actuellement professeur au département de design de système d’information à l’Ecole de Science et d’Ingénierie. Sa pratique oscille entre la composition de musique électroacoustique et la recherche sur les aspects cognitifs et sociaux de la musique. En 2007, il a cofondé le Saitama Muse Forum. En 2015 il a lancé le Denshi Onkyo People Project (DOPP), développant une pratique qui considère le cadre de la participation même comme objet de design. En 2017, il passe un an de de résidence à ZKM | Karlsruhe, et en 2018 a été exposé dans cette même institution. Il a depuis continué à collaborer avec ZKM, Goethe-Institut Tokyo, Festival Futura (MOTUS) et des institutions suédoises.
Benjamin Miller Décaèdre (2024) / Benjamin Miller with Workshop Participants @ZKM (Katsu, Mia, Daichi)
Cette composition fait suite à l’atelier Denshi Onkyo People Project qui a eu lieu à Karlsruhe en Allemagne en Juillet 2024. J’ai décidé d’utiliser les dix sons créés par les participants de l’atelier. Ainsi, le point de départ est un genre de forme géométrique à dix faces qui a été transformée et manipulée durant le processus de composition pour devenir une forme plus complexe, dont les lignes deviennent des courbes et dont les arêtes se dissolvent en textures diffuses. En utilisant des outils que j’ai développés, chacun des échantillons est manipulé de manière similaire, des fragments en sont transposés, inversés, réarrangés et accumulés. Générant le chaos depuis la simplicité, changeant les bruits en harmonies, ces nouveaux sons peuvent être très différents de leur source mais gardent une partie de leur matérialité. Décaèdre est une exploration durant laquelle chaque échantillon transformé et manipulé révèle de nouvelles possibilités, et la combinaison des dix intentions originelles mène à un résultat inattendu. Je souhaiterais remercier Takuro Shibayama de m’avoir invité comme enseignant durant cet atelier et pour m’avoir offert la possibilité de composer cette pièce.
Benjamin Miller a fait ses études à Paris et vit actuellement à Karlsruhe, en Allemagne. Après avoir obtenu son diplôme d’ingénieur du son à l’ENS Louis Lumière, il a suivi un deuxième master en musique et arts sonores à l’Université de Paris Est. En tant qu’ingénieur du son, il travaille à l’international, principalement dans le domaine de la musique contemporaine et expérimentale. Il collabore avec des compositeurs et des artistes pour des représentations en direct, des enregistrements en studio ainsi que des installations muséales, et a travaillé avec des institutions telles que l’Ina GRM, l’Ircam, Mutech et ZKM. Ces collaborations constituent une source d’influences très variées pour sa propre création artistique. Ses compositions explorent des textures sonores complexes, des rythmes instables et la frontière floue entre ces deux pôles. Il poursuit son exploration sonore aussi bien dans des compositions acousmatiques que lors de représentations en direct avec d’autres musiciens.
Hiromi Ishii Assemblage 200724 (2024) avec les participants à l’atelier @ZKM (Michi Kucharek, Rin Higashitsuji, Ikusaburo Postert, Honami Postert)
Cette composition électroacoustique a été commandée par le Denshi Onkyo People Project et est basée sur les matériaux sonores enregistrés par les participants à l’atelier au ZKM le 20 Juillet 2024. Les sons ont des caractéristiques différentes et ne sont pas liés entre eux. La pièce commence avec un tutti de tous ces sons, qui sert d’exposition du thème, qui ensuite change et se transforme. J’ai essayé de révéler les propriétés cachées de ces matières afin de créer un nouveau monde sonore.
Hiromi Ishii est née à Tokyo, où elle a suivi des études de composition. Elle est chercheuse au Musashino Musical College. Elle a travaillé comme compositrice et conceptrice sonore pour des expositions, tout en enseignant dans des établissements universitaires. À partir de 1998, elle a étudié la composition électroacoustique auprès de W. Jentzsch à la Musikhochschule de Dresde, puis auprès de S. Emmerson et D. Smalley à la City University de Londres, où elle a obtenu son doctorat. Ses œuvres ont été présentées dans divers festivals à travers le monde, notamment dans le cadre d’une commande de l’État de Saxe (création à l’Opéra Semper), ainsi qu’aux festivals Gaudeamus, Art e Scienza et ICMC, et diffusées par la WDR, la MDR, etc. Depuis 2006, elle a été à plusieurs reprises compositrice invitée au ZKM. Ses œuvres récentes se concentrent sur la musique acousmatique 3D et la musique visuelle, pour lesquelles elle crée les deux volets en parallèle. Deux CD sont parus chez WERGO.
http://hiromi-ishii.de
Ludger Brümmer CMY (2024) avec les participants à l’atelier @ZKM (Christian, Yoyo, Momo Arima)
La pièce CMY a été créée à partir d’enregistrements de Christian Uhlich, Sayo Eckerle et Momo Arima qu’ils ont produits durant l’atelier de 2024. Les sources durant 6, 2 et 10 secondes, sont les points de départ d’une nouvelle composition que j’ai étendue avec l’aide de l’IA et modifiée grâce à la synthèse granulaire.
Ludger Brümmer est actuellement professeur de composition pour les médias numériques à l’École supérieure de musique de Trossingen et a dirigé pendant près de 20 ans l’Institut de musique et d’acoustique, puis le Hertzlab au ZKM | Centre d’art et de médias de Karlsruhe. Membre de la prestigieuse Académie des Arts de Berlin (AdK), il est titulaire d’un master en sciences de l’éducation et d’un diplôme artistique en composition. Ses travaux portent sur la modélisation physique du son, la composition algorithmique, le son spatial, l’intelligence artificielle et l’art interdisciplinaire. Bon nombre de ses œuvres tentent d’associer la musique électronique à des sources musicales historiques telles que Gesualdo da Venosa ou Maurice Ravel, par le biais de micro-compositions granulées. Dans ce contexte, il utilise des modèles mathématiques tels que les chaînes de Markov fractales, les automates cellulaires et l’intelligence artificielle. Pour la Biennale de Munich, il a composé la musique de l’opéra Amazonas, pour lequel il a collaboré avec Peter Weibel (texte et mise en scène) et Bernd Lintermann (image). Il a reçu la Golden Nica à l’Ars Electronica dans la catégorie « Musiques numériques et art sonore », deux Pierre d’Or au Concours Synthèse de Bourges, le Prix Busoni de l’Académie des arts de Berlin ainsi que de nombreux autres prix. Il a donné de nombreuses conférences à l’international, dont la plus récente lors du Symposium sur l’IA organisé par Soundtrack Cologne.