22h30 – Concert 13 – Vidéo-acousma et multiphonique+stéréo
interprète sur acousmonium : Jonathan Prager
Aude Rabillon Ma nuit [2026] 21’17
«Ma Nuit» prend corps dans des expériences personnelles de vertiges, éprouvées lors d’enregistrements. Autant d’expériences d’écoute qui créent des espaces bascules, des résonances intimes, qui laissent des traces et déclenchent des gestes de création.
«Ma Nuit» est le réceptacle de sensations auditives et physiques. Elle joue avec les traces.
De nos égarements.
«Ma Nuit» cherche un état de présence au présent, qui accepte les intrusions du passé comme celles des sons du dehors. Entre le contrôle et le lâcher prise.
Pour réparer le jour.
«Ma Nuit» devient une introspection rêvée ou éveillée. Elle fait état de ce qui reste, et de ce qui nous tient. Qu’est-ce qui peuple nos espaces mentaux, entre mémoires non sollicitées, éclats, pensées obsédantes ? Qu’est-ce qui nous hante ? Et qu’est-ce qui lâche quand on accepte d’être traversé·e ?
«Ma Nuit» vient alors éclater les paysages de l’intime pour entrer dans sa propre narration : celle d’une écoute poreuse aux sons du monde, subjective et plurielle, pleine et entière.
Compositrice électroacousticienne, Aude Rabillon explore dans ses pièces les porosités entre écritures musicales et radiophoniques, dans lesquelles voix, éclats, bourdon, field recording, séquence documentaire et son électronique trouvent place, se jouant du hors-champ, à l’écoute du grain du monde et de ses surgissements.
Après avoir travaillé́ en radio, elle se forme aux techniques du son à l’INA, et à la composition électroacoustique au Conservatoire de Pantin où elle obtient son DEM en 2014.
Elle joue ses pièces à la Maison de la Radio (Akousma, GRM), aux Instants Chavirés, au Lieu Unique (Festival Variations) à Nantes, à l’Opéra Graslin de Nantes, à la Cité de la Musique de Marseille, au festival Musiques Démesurées à Clermont Ferrand, au CNCM Athénor à St Nazaire, à la Maison de la Poésie de Nantes.
Ses pièces sont également interprétées sur acousmonium par la Compagnie Motus au festival Futura et au Festival FF.XP à la Muse en Circuit ; aux Instants Fertiles à Saint-Nazaire et à Supersonique à Marseille. Elle compose en 2024 pour l’ensemble contemporain 20 degrés dans le noir.
De 2020 à 2023, elle compose «Pour ne plus taire» un cycle personnel autour des violences sexuelles et patriarcales. Elle s’attache à faire surgir les non-dits dans les silences, à racler les lames de fond des violences patriarcales pour en percer des brèches et retrouver puissance.
Avec «Ma Nuit», elle inaugure un nouveau cycle autour des paysages sonores de l’intime et leurs possibles narrations. Sa prochaine création aura lieu en avril 2027 pour le festival Ekhoes à Dijon.
https://auderabillon.wordpress.com/
Vincent Laubeuf & Paul Ramage (musique) Hiroko Higuchi (vidéo) Études sur Paris 2026 [2026 – avec l’aide de la Sacem] 21’24
Inspirée du documentaire muet français en noir et blanc « Études sur Paris » d’André Sauvage (1928), cette œuvre revisite les lieux de tournage. Si la technologie de l’époque ne permettait pas l’enregistrement simultané de l’image et du son, elle rend hommage à l’original en collectant des sons en 2026 et en documentant séparément l’état actuel de la ville par la vidéo. Elle tente de dépeindre simultanément le paysage immuable de Paris et le Paris modernisé d’aujourd’hui. Cette œuvre transdisciplinaire est une collaboration entre trois personnes : les compositeurs Vincent Laubeuf et Paul Ramage, qui composent et improvisent pour des films muets depuis 2016, et des images vidéo issues d’enregistrements réalisés par Hiroko Higuchi lors des prises de son de terrain de Vincent Laubeuf.
Réalisée avec le soutien de la Sacem et suite à une résidence à La Muse en Circuit, cette œuvre a été interprétée en versions stéréo et 8 canaux sur l’Acousmonium hirvi par Tomonari Higaki, ainsi que dans une version improvisée en direct par Ai Watanabe et Vincent Laubeuf. Au festival Futura de cette année, nous présenterons la version stéréo et 8 canaux sur le Grand acousmonium Motus interprétée par Jonathan Prager.
Après une formation en musique classique et en composition traditionnelle, Vincent Laubeuf développe une démarche artistique singulière, à la croisée de la musique contemporaine et de la création sonore électroacoustique. À la fois compositeur, artiste sonore, musicien électroacoustique et directeur artistique, il construit une œuvre diversifiée, parfois en dialogue avec d’autres disciplines.
Ses œuvres et performances sont présentées dans divers lieux en France – Grand Palais, Opéra de Paris, Palais de Tokyo, Auditorium de Radio France – ainsi qu’à l’international, notamment au Japon (Institut français du Kansai, Born Creative Festival, Kushiro Art Museum, UrBANGUILD, SUPER DELUXE…), et dans de nombreux pays (Autriche, Allemagne, Italie, Belgique, Espagne, Pays-Bas, Suède, Suisse, Pologne, Turquie, USA, Mexique, Chine, Taiwan, etc.). Il a été en résidence de création dans des studios tels que La Muse en Circuit, le Grame, l’Imeb, l’Ina-GRM et plus récement l’IRCAM. Il a eu des commande de Radio France, l’Ensemble Orchestral Contemporain, du ministère de la Culture Français, etc. Il écrit pour des ensembles tels que L’Onceim, Court-circuit, l’Instant donné, l’EOC, etc.
Vincent Laubeuf travaille avec une grande diversité de matériaux sonores. S’il utilise les outils numériques et la synthèse sonore, il accorde une place essentielle à l’enregistrement de terrain, réalisé dans des environnements naturels, urbains ou chargés d’histoire. Profondément attaché à l’« esprit des lieux », il capte leur mémoire, leur vibration, et les transforme en matière musicale. Il explore également les potentialités expressives d’instruments existants, dont il détourne parfois les sons pour en révéler des dimensions inattendues.
Bien que résolument contemporain, son travail est traversé par des résonances venues de temps anciens. Il s’inspire des relations que les cultures du passé entretenaient avec leur environnement. Ce regard l’amène à questionner les codes actuels de la musique et à chercher, à travers la technologie, un rapport, paradoxalement, plus direct, plus essentiel à l’écoute. Ainsi, l’une des dimensions centrales de sa recherche artistique est celle des « traces du passé ». Il s’intéresse aux lieux porteurs de mémoire, aux réminiscences d’activités humaines disparues, de paroles effacées, de rituels oubliés. Ces empreintes invisibles deviennent matière de composition, se transformant en paysages sonores sensibles et poétiques.
Toutes ces thématiques convergent vers une forme d’écologie du sonore, où l’écoute devient un moyen de retisser les liens entre ce que nous nommons nature et humanité. Par l’exploration de formes hybrides, sensibles et ouvertes, il cherche à révéler une continuité entre les mondes – entre l’organique et l’artificiel, le passé et le présent, l’intime et le collectif – invitant à une écoute renouvelée de notre environnement et de nous-mêmes.
Paul Ramage est violoniste, improvisateur et compositeur.
Après une rencontre avec Didier Lockwood (dont il intègrera l’école en 2003), il s’intéresse au jazz et aux musiques improvisées. Parallèlement il poursuit ses études de violon classique au CRR de Cergy-Pontoise dont il sortira avec un D.E.M de jazz et de violon. En 2013 il obtient son D.E.M de composition électroacoustique au conservatoire de Paris, dans les classes de Denis Dufour et Jonathan Prager. Il obtient ensuite un Master de composition électroacoustique à l’INA_GRM. Enfin, il suit le cursus de composition et d’informatique musical de l’IRCAM.
Compositeur d’une cinquantaine d’opus, tant acousmatiques que mixtes ou instrumental, il a joué et été joué dans divers pays (France, Espagne, Italie, Portugal, Roumanie, Royaume Unis, Japon, Etats Unis, Chine…). Il est lauréat du prix Métamorphose (Musique et recherche) du second prix Russolo (Fondation Russolo-Pratella (Italie)/Studio Forum d’Annecy) et titulaire du certificat d’aptitude (C.A) de composition électroacoustique. Il enseigne la composition et la création sonore au Conservatoire et au Pôle Supérieur de Paris et s’emploi à faire vivre la création sur tous ses versants.
Antoine Alcaraz Quatre instantanés d’un tapeur à gage [2025] 22’00
Quatre instantanés d’un tapeur à gages est une commande dans le cadre du Festival Satie, organisé par les conservatoires de Malakoff et de Châtillon à l’occasion des 100 ans du décès du compositeur.
Tapeur à gages car c’est ainsi qu’Erik Satie qualifiait avec autodérision son travail de pianiste accompagnateur dans les cabarets parisiens.
Quatre instantanés car la pièce est un recueil de quatre arrêts sur image, quatre moments-clés de la vie du compositeur, esquissés comme autant de vignettes sonores. On y traverse successivement sa période montmartroise, sa phase mystique, les années dites des «rudes saloperies» et enfin la période de sa maturité artistique. Quatre regards posés sur une existence en décalage, entre humour, solitude, tendresse et provocation.
1 – Retour du Chat
Montmartre, les années 1880. Satie revient au petit matin après une nuit au Chat Noir. Les pas sont lourds, les pensées vagabondes. Mélancolie douce-amère et lenteur des Gymnopédies planent sur cette première esquisse.
2 – Une Chambre en Velours
Une pièce étroite, tapissée de silence et de questions métaphysiques. Satie est isolé, replié dans son monde mystique et rigide. Il porte son costume en velours, dort peu, doute beaucoup. Le rêve, la foi, l’amour et le rejet s’y entremêlent.
3 – La petite fille aux yeux verts
Arcueil, années de précarité. Malgré les difficultés, Satie compose avec légèreté des pièces pour enfants, pour marionnettes et théâtre d’ombres. Cette partie évoque sa tendresse grinçante et son art du fragment. On y perçoit un sourire triste, discret, mais sincère.
4 – Relâche
Satie en homme public, dadaïste malgré lui, tirant au canon sur les toits. Les cabarets, la musique d’ameublement, Parade, Relâche : il déconstruit les formes, dérange les habitudes. C’est la fête et la fin, le vacarme et le vide. Une dernière pirouette avant l’effacement.
Antoine Alcaraz est un compositeur électroacoustique français basé à Paris dont le travail se situe à la croisée de la création acousmatique, de la performance et des pratiques expérimentales du son. En 2019, il intègre le CRR de Paris où il se spécialise en composition électroacoustique, notamment auprès de Denis Dufour. Il y compose ses premières œuvres et affirme une écriture nourrie par le dialogue avec d’autres formes artistiques comme la poésie, les arts plastiques et l’image. Il compose notamment en 2024 Près de Nous, une pièce audiovisuelle adaptée d’une nouvelle de Virginia Woolf. Depuis septembre 2025, il est artiste associé à La Muse en Circuit (CNCM), au sein duquel il poursuit des recherches autour des liens entre pédagogie et création.
Parallèlement à son travail de compositeur, Antoine Alcaraz mène une pratique singulière de platiniste, utilisant le vinyle à la fois comme source sonore et comme instrument. Cette approche est au cœur de ses performances et de ses processus de composition. Il développe actuellement une version live de sa pièce électroacoustique dédiée à Erik Satie, commande du Conservatoire de Malakoff dans le cadre du centenaire du compositeur en 2025, qu’il adapte pour la scène à travers ce dispositif.
Il est également membre du duo Imvisage, qu’il forme avec Théo Fernandez. Leur projet explore les frictions entre musique expérimentale et esthétiques issues des musiques électroniques, à travers un dispositif mêlant platines et magnétophone à bande. Le duo se produit aussi bien dans des contextes d’art contemporain, comme notamment la biennale d’arts audio-numérique Sonic Acts à Amsterdam, que dans des festivals de musique club tels que Hors-Sol dans les Cévennes.
Engagé dans les dynamiques de production et de diffusion, Antoine Alcaraz est co-directeur artistique du label franco-hollandais Plor. Il collabore également avec le label Meta-Sillon autour de projets éditoriaux innovants, comme notamment la création de banques de sons pressées sur vinyle, pensées comme des outils dédiés à l’improvisation et à la performance électroacoustique.
Koichi Sato (vidéo) & Hideki Umezawa (son) Echoes from Clouds [2021] 15’00
Echoes from Clouds a été conçue à l’origine comme une installation composée de trois canaux vidéo, d’un dispositif sonore et d’un parfum évoquant l’odeur d’une eau artificiellement stérilisée.
Inspirée par la notion de « capital social commun » de l’économiste Hirofumi Uzawa (1928–2014), l’œuvre est issue d’une recherche sur les infrastructures hydriques du Japon et sur des forêts enfouies, submergées il y a deux mille ans.
Elle évoque les relations entre la ville et la nature, reliées par l’eau, et suit les multiples lieux qu’elle traverse : depuis les sources du nord de la région du Kantō jusqu’à son arrivée dans nos vies urbaines.
Tout en montrant de manière spectaculaire les paysages et les barrages qui alimentent les villes en eau domestique, la vidéo révèle la réalité de l’Anthropocène dissimulée derrière leur romantisme. Elle donne à voir la « réalité physique » de nos espaces de vie et des infrastructures qui les entourent, tout en suggérant des environnements invisibles : les relations imperceptibles inscrites derrière la matérialité, ainsi que l’inquiétude liée à l’insoutenabilité potentielle de nos sociétés et de nos corps. Un monologue consacré au « Sansui », conception englobante de la nature transmise de la Chine au Japon au Moyen Âge, interroge en outre la possibilité de penser la nature au-delà du point de vue humain.
La bande sonore, composée à partir d’enregistrements de terrain, relie une nature lointaine à la vie métropolitaine. Son immersion suscite une inquiétude face à l’avenir. Le parfum, qui reproduit l’« odeur d’une eau artificiellement stérilisée » et éveille une étrange nostalgie de la société contemporaine, matérialise l’envers invisible de cette réalité. Il se diffuse dans l’espace d’exposition comme une brume à la surface de l’eau.
L’œuvre donne ainsi forme à l’anxiété diffuse et invisible liée à l’insoutenabilité que nos sociétés et nos corps, soutenus par les infrastructures de l’eau, portent en eux.
Né à Gunma, au Japon, Hideki Umezawa est diplômé d’un master de l’Université des arts de Tokyo et vit actuellement à Paris. S’intéressant aux sensations prélinguistiques éprouvées au sein des environnements ainsi qu’à la complexité des phénomènes naturels, il mène des recherches et des travaux de terrain dans différentes régions du monde. Il y recueille des sons et des images, à partir desquels il crée des installations associant différents médiums.
En 2024, son œuvre « Still Forms », fondée sur des enregistrements des sculptures sonores de François Baschet (1920–2014), a été commandée par l’INA grm et créée lors de Présences électronique. Elle a été publiée dans le cadre de la série Portraits GRM. En 2015, il a reçu le prix Luc Ferrari – Presque Rien.
Parmi ses expositions récentes figurent « L’Écologie des relations : La Forêt amante de la mer » (Frac Sud – Cité de l’art contemporain, Marseille, 2026) et « L’Écologie des choses » (Maison de la culture du Japon à Paris, 2025).
Né à Tokyo, au Japon, Koichi Sato est diplômé d’un master de l’Université des arts de Tokyo en 2019 et vit actuellement à Tokyo. Il s’intéresse à la manière dont les sociétés industrielles et de consommation, ainsi que les désirs qui les sous-tendent, ont considéré et traité les entités non humaines, telles que les milieux naturels et les êtres vivants. À partir de recherches et de travaux de terrain, il crée principalement des œuvres vidéo, auxquelles il associe des matériaux immatériels tels que le son et l’odeur.
Parmi ses expositions récentes figurent « L’Écologie des choses » (Maison de la culture du Japon à Paris, 2025) et « DANCING WITH ALL: The Ecology of Empathy » (21st Century Museum of Contemporary Art, Kanazawa, 2024).