21:00 Concert 5 – Carte blanche Jonathan Prager “Vollendete Schönheit” – Hommage à Dieter Kaufmann
Interprète : Jonathan Prager
Pour l’édition Futura 2026, à l’occasion de ma carte blanche j’ai choisi de rendre un hommage d’interprète acousmatique à Dieter Kaufmann, compositeur et créateur sonore autrichien parmi les plus prolifiques et les plus reconnus de son pays. C’est en mai 1994, à la faveur de la toute première édition du festival, que j’ai découvert l’univers musical fascinant de Kaufmann, à l’époque encore inconnu en France. Et depuis le début de ma carrière d’interprète, je n’ai cessé de jouer un certain nombre de ses pièces de musique concrète.
Dieter Kaufmann, qui nous a quitté en septembre 2025 à l’âge de 84 ans, c’est plus de 50 années de créations musicales tout azimut : musiques concrètes, mais aussi musiques instrumentales, hörspiels (pièces radiophoniques), musiques mixtes, théâtre musical, happenings sonores… où la présence orale, vocale, et parfois même physique, de sa femme, la comédienne Gunda König, est extrêmement fréquente.
Il me semblait essentiel de trouver un programme pour cette carte blanche monographique qui résumât cette riche carrière d’un artiste au style musical fort, à la fois presque “géométrique” et abstrait, aux lignes claires et aux directions très affirmées, et pourtant si sensible, dans lequel des traits d’un humour pince-sans-rire sont souvent sous-jacents. Un style qui cède également volontiers à diverses formes d’un romantisme nécessairement moderne, mais dans lequel la part d’émotion est assurément palpable.
En témoigne ces cinq pièces qui alternent, de l’une à l’autre, l’usage de textes littéraires de divers auteurs mais tous interprétés par la voix envoûtante et protéiforme de Gunda König, avec des œuvres où l’absence sonore de l’humain est remplacée par l’humour musical tout autrichien du compositeur, dont le regard détaché sur la société occidentale et ses traditions s’exprime toujours avec subtilité.
Dieter Kaufmann
I – “Sonate” (premier mouvement de la “Symphonie acousmatique”, 2007, 10:06)
“Sonate” – comment sonne le monde…
Au passage de Paris à Vienne, dans les clôtures des studios électroacoustiques, au tournant de l’élève au professeur, du célibataire à l’époux : temps sauvages…
Élans, éruptions, tout ou rien (comme cluster et do majeur) et derrière les montagnes de la révolution – la beauté des vallées…
Déjà les titres des œuvres originales, transformées en symphonie, l’expliquent : “Énergies incluses”, “Prisons”, “Chute”, “Ah ! la nature”, “Études aux ciseaux”, “Orgues de barbarie viennoise”, “En attendant la musique”, “Chanson”.
Du cri du solitaire sort la chanson de l’amant. Un temps fou, plein de décisions !
II – “Herbstpathétique” (1972, 17:10)
Récitation : Gunda König. Réalisée en 1972 dans les studios du Groupe de musique
expérimentale de Bourges pour «Les Saisons», spectacle multimédia du GMEB, pour les Jeux Olympiques de Munich.
Compositeur autrichien né à Vienne en 1941 et décédé en 2025, Dieter Kaufmann a d’abord étudié la composition auprès de Gottfried von Einem, Olivier Messiaen et René Leibowitz, avant de rejoindre Pierre Schaeffer et François Bayle au GRM ( Groupe de Recherches Musicales ). Menant sa carrière de compositeur à Vienne, il est aujourd’hui à la tête d’une classe de composition depuis 1990 et d’une classe de composition électroacoustique depuis 1997. En 2001, il est élu doyen des compositeurs, des chefs d ́orchestre et des “Tonmeister”. La même année, il devient aussi Président de l’Association des Compositeurs Autrichiens et de l ́Austro-Mechana «the Austrian Copyright Society administering the mechanical rights of authors». En 1975, sa femme, l’actrice Gunda König et lui fondent le K&K Experimentalstudio. L‘œuvre de Dieter Kaufmann est multiple, il compose tant de la musique de chambre, de la musique symphonique ou vocale que du théâtre musicale, de la musique électroacoustique, du live electronic et de la musique appliquée aux arts. Reconnu en Autriche et à l’échelle internationale, Dieter Kaufmann a gagné de nombreux prix comme le Förderungspreis der Stadt Wien (1967), le Förderungspreis des Landes Kärnten (1974), Kompositionspreis des Musikprotokolls beim Steirischen Herbst (1975), Magisterium für elektroakustische Musik in Bourges, France (1988), Ernst-Krenek-Preis of the City of Vienna (1990), Prize of the City of Vienna for Music (1991), Würdigungspreis des Landes Kärnten (1992), Würdigungspreis des Bundes (1996).